mardi 7 mars 2006

L’avortement menacé aux Etats-Unis

Fin février, l’Etat du Dakota du Sud a voté une loi rendant l’avortement illégal. Or, il se pourrait que ce petit Etat ultra conservateur puisse être à l’origine de l’interdiction fédérale de l’avortement.

L’Etat le plus conservateur des Etats-Unis va-t-il remettre en cause la légalisation de l’avortement ? Ce petit Etat de 770 000 habitants est en effet un soutien inaltérable pour le parti républicain. En effet, depuis 1978, le gouverneur de l’Etat est systématiquement républicain. Cet petit Etat essentiellement rural a donc voté fin février une loi très stricte réglementant l’avortement. En effet, celui-ci est désormais interdit sauf si la grossesse menace la vie de la mère.

Une loi très restrictive
Cette nouvelle loi part en effet du principe que la vie commence dès la conception et interdit donc l’avortement, y compris en cas d’inceste ou de viol. Seule exception : la grossesse met en danger la vie de la mère. Les contrevenants s’exposent à 5000 euros d’amende et jusqu’à cinq ans de prison. La loi a été ratifiée par 50 voix contre 18 au parlement, 23 vois contre 12 au Sénat quelques jours plus tôt. Cette loi n’est pas une surprise en soi : le gouverneur Mike Rounds avait été contraint de mettre son veto sur une loi semblable il y a deux ans, à cause d’un problème technique. Mais Rounds n’est pas vraiment un pro-avortement, bien au contraire. En effet, il a déclaré : « J’ai indiqué que j’étais pour la vie et je pense que l’avortement est répréhensible et que l’on doit tout faire pour sauver des vies ».

Cette loi est la plus restrictive depuis l’arrêt Roe contre Wade voté par la Cour Suprême en 1973 qui légalisait alors l’avortement. Or la loi du Dakota du Sud pourrait provoquer l’interdiction de l’avortement dans tous les Etats-Unis. En effet, la loi étant en contradiction avec la loi fédérale, elle sera examinée par la Cour Suprême qui pourrait décider d’annuler l’arrêt Roe contre Wade. George W. Bush ayant récemment nommé deux juges conservateurs, John Roberts et Samuel Alito, l’équilibre est fragile, quatre juges sur les neuf s’étant déclarés prêt à remettre en cause l’arrêt. Par ailleurs, d’autres Etats ont annoncé leur intention de voter des lois similaires. Parallèlement, la Cour Suprême doit statuer sur une méthode chirurgicale d’avortement tardif. La décision sur ce dossier permettra d’avoir une idée sur le choix de la Cour Suprême sur la loi du Dakota du Sud. Dans les faits, tout repose sur les épaules de John Paul Stevens, juge âgé de 85 ans. S’il prend sa retraite avant que le dossier passe devant la Cour, Georges W. Bush nommera un nouveau juge ultra-conservateur.

Peu d’opposition pour le moment
Face à une telle volonté d’interdire l’avortement, des mouvements « pro choice » (pro-avortement) ont indiqué qu’ils allaient introduire un recours auprès de la Cour Suprême. Sarah Stoez, présidente de l’organisme Parenthood se montre très inquiète face au manque de réactions aux Etats-Unis. « Ce qui me trouble, c’est que je ne vois pas d’indignation dans ce pays à la suite de la loi adoptée dans notre Etat. J’espère que nous en verrons bientôt parce que c’est, selon moi, ce qui nous permettra de savoir si nous réussirons à protéger le droit à l’avortement ou pas. ». A quelques jours de la journée de la femme, ce retour 33 ans en arrière, fait vraiment froid dans le dos.

Article original écrit et publié par Emilie BOLTE