jeudi 22 juillet 2010

Saint-John Perse, Une lecture de Vents

De Henriette Levillain
éd. Gallimard, 263 p.
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Alexis Léger écrit son recueil poétique Vents en 1945 aux États-Unis où il vit exilé depuis l'été 40. Le diplomate, condamné par le gouvernement de Vichy à la déchéance de la nationalité française, à la radiation de l'ordre de la Légion d'honneur et à la confiscation de ses biens refuse de rejoindre de Gaulle à Londres. "L'Hôte précaire" comme il se surnomme en cette terre d'outre Atlantique prend son nom de plume Saint-John Perse et se rallie en ces temps d'errance à la poésie. Il ne s'adonne pas à une littérature engagée mais à un travail sur "la langue capable de mimer le rythme, la mélodie secrète, la séduction des éléments cosmiques". Et ce travail d'orfèvre qui mêle une syntaxe ciselée à un lexique rare, recherché sème comme le vent une fraîcheur nouvelle et un vertige déroutant à sa lecture. 


Pour entrer dans l'univers de Perse, il faut frapper à sa porte et l'ouvrage d'Henriette Levillain nous prend littéralement par la main pour comprendre les gestes fondamentaux d'une poésie réputée ascétique et inaccessible. Car à y regarder de plus près, le poète nous conte les faits simples de la nature dans un langage de chaman et d'enchanteur : la force des grands vents océaniques qui détruisent tout afin que tout renaisse mieux. C'est dans ce double mouvement vers l'Ouest et de retour en Est, mouvement de violence et de renaissance que les chants du poème retentissent. Les vents sont tout à la fois des forces naturelles et spirituelles qui donnent cette impulsion nécessaire et vitale au monde, ils sont la vie elle-même. Chant après Chant, suite après suite, l'étude décrypte l'incroyable richesse des versets et cette course en Ouest, vers l'étendue des aventuriers, des migrants ou des conquistadores. Un ouvrage essentiel qui ravira les lecteurs de Perse et les agrégatifs de lettres en quête de clairvoyance.