samedi 18 février 2012

Exposition "La France en relief" au Grand Palais

Il faut bien admettre que l'exposition "La France en relief" qui vient de s'achever donne en partie raison à l'universitaire Yves Lacoste qui affirmait en 1976 que "la géographie, ça sert d'abord à faire la guerre".


Ce grand évènement culturel co-organisé par le futur musée de l'Histoire de France s'est malheureusement tenu dans un temps très court, entre le 18 janvier et le 17 février. Aussi, un petit résumé sera le bienvenu pour ceux et celles qui n'ont pas pu s'y rendre.
De 1668 à 1873, 260 plans-reliefs ont été fabriqués à des fins militaires. Il n'en reste qu'une centaine et seize d'entre eux ont été sortis des réserves du musée des Plans-reliefs aux Invalides pour être exposés sous les belles voûtes vitrées du Grand Palais.

Les visiteurs examinent une carte au sol de 650 m²

Les plans-reliefs sont des maquettes d'une grande précision (au 1/600e), en miniature et en trois dimensions, reproduisant des forteresses ou des villes fortifiées.


C'est Louvois, le ministre de la Guerre de Louis XIV, qui imagine la réalisation de plans-reliefs afin d'améliorer la défense aux frontières et fournir au roi une représentation des sites de défense. Elles servaient aussi de prestige puisque les ambassadeurs étrangers pouvaient les contempler à Versailles ou au Louvre au XVIIIe siècle.

Des topographes faisaient un relevé extrêmement précis des terrains et des bâtiments (on comptait les fenêtres !). Des modeleurs et des menuisiers faisaient ensuite les maquettes. Les bâtiments sont en bois, recouverts de papier peint et gravés. Les arbres sont en soie et en fil de fer. Les mers et cours d'eau sont peints. Il fallait de trois à 10 ans pour réaliser les plans-reliefs !

L'autre intérêt de l'exposition était de montrer les éléments de défense militaire (on parle de poliorcétique pour désigner les techniques d'attaque et de défense au cours d'un siège) utilisés et perfectionnés depuis la fin de la Guerre de Cent Ans au XVe siècle (qui a vu l'usage des premiers canons et le progressif remplacement des boulets en pierre par ceux en fonte) pour fortifier les remparts des villes. C'est l'ingénieur militaire Vauban, sous Louis XIV, qui a renforcé leur défense en améliorant les architectures bastionnées italiennes puis hollandaises. Il veut faire de la France, alors le plus puissant État continental d'Europe, un véritable "pré-carré" avec une double ligne de fortifications aux frontières. On lui doit ainsi 150 villes fortifiées comme Neuf-Brisach.


Les portes d'entrée du Grand Palais franchies, les visiteurs pouvaient apprécier une carte d'état major de la France de... 650 m² qui situait les plans-reliefs. Autour de cette dernière, on découvrait d'abord les maquettes des sites fortifiés dans les Alpes (Montmélian, Briançon...), puis celles de l'Alsace, de la France-Comté et du Nord (Neuf-Brisach, Besançon, Luxembourg, Saint-Omer...) pour finir par les défenses du littoral (Cherbourg, Brest).

Cherbourg

Des dispositifs interactifs et multimédias comme Google earth permettaient d'allier l'ambition géographique d'aujourd'hui à celle d'hier. Cependant, il n'est pas sûr que les dernières innovations "géographiques" bénéficient de tant d'honneurs dans quelques siècles.