jeudi 1 mai 2014

Beau, fort et universel. "Une adolescence américaine. Chronique des années 60"de Joyce Maynard

Une adolescence américaine
Joyce Maynard
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Simone Arous
Editions Philipe Rey

" J’ai grandi sans beaucoup d’illusions. Nous étions raisonnables, réalistes, prosaïques, sans romantisme, nous avions conscience des problèmes sociaux et étions politisés. Les Kennedy étaient les héros de nos contes de fées, l’intégration, la conquête de l’espace et la Bombe les trames de nos premières années scolaires… "

Lorsqu’elle témoigne ainsi sur sa génération, au tout début des années 1970, Joyce Maynard a dix-huit ans. Un article publié dans le New York Times lui avait valu des tonnes de courrier et l’attention de beaucoup, dont celle d’une légende de la littérature, J.D. Salinger, de trente-cinq ans son aîné.

Lire une "adolescence américaine", pourtant écrit dans les années soixante, nous plonge dans un flash-back émouvant, drôle et tragique de notre propre adolescence. Joyce Maynard a 18 ans quand elle en commence la rédaction et 19 lors de la publication. Le succès fut immédiat. Et les médias de s'emparer de ce phénomène, pour en faire le porte-parole d'une génération. Or, Joyce Maynard n'a fait que parler d'elle sans jamais prétendre est représentative de qui que soit. Néanmoins, l'effet est là.

Cette jeune femme se retourne sur sa vie, de l'âge de 9 ans jusqu'à ses 18 ans. On traverse avec elle la fin des années 60, encore engoncée de certaines règles et tabous, jusqu'au début des années 70, célèbres pour l'explosion de la libération des mœurs. Joyce Maynard aborde avec une rare lucidité pour son jeune âge, tout ce qui compose une enfance et une adolescence américaine.

L'omniprésence de la télévision, avec son flot de séries plus ou moins insipides qu'elle avalait tout au long de la journée et qui lui donnait un modèle de la famille parfaite, auquel bien sûr, la sienne ne correspondait pas. Le consumérisme déjà bien ancré, en total paradoxe avec les nouvelles préoccupations écologiques auxquelles elle s'adonne avec ferveur. Et puis, la terrible entrée au collège, au lycée et à la fac, où la popularité et les diktats de la mode sévissent implacablement.

L'arrivée de la poupée Barbie et de son monde aseptisé et superficiel, la vague Beatles, des magazines pour "jeunes", avec des mannequins filiformes auxquelles on rêve de ressembler. Il y a les garçons aussi et toute la complexité de s'apprivoiser. Du premier baiser maladroit et à la virginité encombrante, dont on ne sait comment se débarrasser...

La force et le talent de Joyce Maynard, c'est se raconter à travers des chroniques courtes, qui font écho quarante ans plus tard. Et plus touchant encore, l'auteure partage avec nous, en avant-propos, les réelles conditions de cette rédaction. Et d'avouer que derrière ces chroniques justes et conformes à son vécu, se cachent des ombres et des aspérités-l'alcoolisme de son père, son anorexie, sa liaison avec JD salinger- qu'elle préférait taire, moins pour se protéger elle-même, que les personnes concernées.

Ce livre, écrit par une jeune fille de 18 ans dans les années 60, touche à l'universel. Cette adolescence américaine c'est la mienne, c'est la nôtre... En un mot, c'est l'adolescence. Remarquable.

Téri Trisolini