lundi 22 avril 2019

Notre flamme de Paris, à la lueur des pauvres âmes.

Il était une fois la Cathédrale de Paris.

Célèbre dans le monde entier, pour son histoire, son architecture, ses reliques, sa rosace, Quasimodo, Esmeralda, et tant de choses encore.  Au passage, merci Totor.

Admirée, célébrée, fêtée, chantée même, jusqu'à l’écœurement. Belle, altière, grandiose, éternelle... croyait-on. 

Voilà ce qu'était Notre-Dame de Paris, la bien aimée et la bien nommée, donc, puisque, oui, elle était nôtre, aujourd'hui et pour des siècles et des siècles. Amen.

Sauf que non.

Lundi 15 avril 2019, la belle s'enflamme, dans le ciel Paris, et un monde s'effondre. Ni les larmes, ni les lamentations ne suffiront à éteindre le brasier rebelle, qui emporte la flèche dans une simple étincelle.

C'est la chute.


Il faudra des heures, du courage et de la sueur pour en venir à bout. Au petit matin, c'est la sidération plus que le soulagement. Et maintenant qu'allons-nous faire, ma mère, si en ton chœur, ne chantent plus que des cendres ?

C'était sans compter sur la générosité des ouailles du monde entier, qui se mobilisent pour donner. Donnons, donnons, frères et sœurs de toutes religions, pour que très vite, nous la reconstruisions.

Un élan, beau et bon.

Le grand patron lui-même, appelle aux dons, dans un tonitruant : "C'est ensemble que nous la reconstruirons." La voix de son maître, dit-on, car en quelques heures à peine, ses cousins grands financiers annoncent des sommes par millions. Cent, deux cents, cinq cents, même ! Allons bon !

L'espoir revient, elle sera sauvée. Dans cinq ans à peine, elle se dressera, à nouveau, droite et fière, devant ses brebis reconnaissantes et éplorées.

Oui, Notre-Dame, brillera de mille feux, pour l'éternité... Enfin, si l'image est appropriée.

Voilà une belle histoire, comme on aime en conter. Sauf que derrière les sacro-saintes ruines tant adorées, ça sent le cramé !

Comment, un bâtiment de pierres, une église, une chapelle, des bancs, une croix, un autel, peuvent-ils l'emporter sur la charité chrétienne ?

La misère humaine est moche, c'est vrai. Elle pue, elle répugne, elle témoigne du plus bas où l'Homme peut choir. Et pourtant ! Elle est là. Elle existe. Elle s'étale et meurt sur nos trottoirs. C'est sûr, elle ne donne pas envie ni de donner, ni de la voir.

Les bien soignés manucurés s'agacent. "Allez, les pauvres, redressez-vous que Diable ! Ayez plus de dignité, misérables !"  Et alors seulement, peut-être, d'en haut, on vous jettera quelques sous et un regard.

Le patrimoine, le symbole, l'Histoire, c'est important, j'en conviens, mais jamais ça ne le sera plus que l'humain et le vivant. Jamais, ça ne devrait l'être.

Jamais.




Téri Trisolini.